La Première Ministre a enfin dévoilé les arbitrages du gouvernement.
C’était attendu, Elisabeth Borne a confirmé hier, mardi 10 janvier, que le gouvernement comptait reculer l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, contre 62 ans aujourd’hui. La locataire de Matignon a dévoilé les arbitrages de l’exécutif pour réformer le système de retraite.
Elisabeth Borne a malgré tout affirmé que cette présentation « n'est pas un point final, nous sommes prêts à faire encore évoluer notre projet. » Des tractations sont encore possibles d’ici à la présentation du texte en Conseil des Ministres le 23 janvier. Le projet de loi, qui sera inclus au projet de budget rectificatif de la Sécu, sera ensuite examiné à l’Assemblée Nationale dès le 6 février. Le gouvernement veut mettre en œuvre la réforme dès cet été.
Allongement de la durée de cotisation
L’un des annonces phares de la Première Ministre reste l’accélération de la loi Touraine de 2014 qui prévoyait de passer à 43 années de cotisations pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Le gouvernement Borne prévoit d’arriver à cet allongement de la durée de cotisation dès 2027, contre 2035 dans le texte initial.
Une annonce qui va de pair avec le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans d’ici 2030, contre 62 ans actuellement. Initialement, Emmanuel Macron avait souhaité aller jusqu’à 65 ans lors de la dernière campagne présidentielle. Les personnes nées à partir de 1968 seront les premières à devoir travailler jusqu’à 64 ans.
L’âge d’annulation de la décote – soit celui où la pension n’est plus réduite en fonction du nombre de trimestre manquant – reste, quant à lui, inchangé à 67 ans.
Fin de plusieurs régimes spéciaux
C’était aussi une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, la plupart des régimes spéciaux encore existants devraient disparaitre avec cette nouvelle réforme des retraites. La Première Ministre a annoncé que les nouveaux embauchés à la RATP, à la Banque de France, dans les industries électriques et gazières, les clercs de notaires et les membres du Conseil économique social et environnemental seront affiliés au régime général dès le 1er septembre prochain.
Une mesure qui ne concerne pas les salariés embauchés avant cette date, sur le modèle de la « clause du grand-père » appliquée aux nouveaux salariés de la SNCF depuis trois ans.
Des mesures pour les carrières longues et la pénibilité
Elisabeth Borne a également promis un renforcement du dispositif « carrières longues » qui permet aux salariés ayant commencé à travailler à 20 ans, de partir à la retraite à 60 ans. Ceux qui ont démarré leur carrière à 16 ans pourront désormais partir dès 58 ans, s’ils ont la durée de cotisation requise, majorée d’un an.
Par ailleurs, la Première Ministre a aussi annoncé que les travailleurs qui bénéficient d’une pension d’invalidité ou d’un départ à la retraite pour inaptitude, pourront le faire à taux plein deux ans avant le nouvel âge légal, soit 62 ans. Idem pour les travailleurs victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ayant entraîné une incapacité d’au moins 10%.
Pour ce qui est des travailleurs handicapés, ils pourront toujours partir à la retraite dès 55 ans. Cet âge tombe à 50 ans pour ceux qui ont été exposés à l’amiante durant leur carrière.
#Retraites | Les travailleurs handicapés pourront toujours partir à la retraite dès 55 ans.
— Geneviève Darrieussecq (@gdarrieussecq) January 10, 2023
Demain, la procédure sera moins lourde. Nous simplifierons la reconnaissance des périodes de travail en situation de handicap lors du départ en retraite.
Justice, équilibre, progrès. ↓ pic.twitter.com/eg9ZE1EwS3
Par ailleurs, certains seuils de pénibilité seront abaissés si le texte ne bouge pas d’ici au 6 février. Le compte professionnel de prévention sera élargi à plus de 60 000 salariés supplémentaires chaque année, notamment pour les travailleurs de nuit et les salariés exposés à des risques professionnels. Ce C2P permet aux salariés qui ont une profession « pénible » de cumuler des points pour un départ à la retraite anticipé.
Contre l’avis du Medef, Elisabeth Borne veut également mettre en place un index pour mesurer l’emploi des séniors. Il devrait être instauré dans les entreprises de plus de 1000 salariés dès cette année et pour celles de plus de 300 salariés en 2024.
Augmentation de la pension minimale
Autre promesse de campagne d’Emmanuel Macron, Elisabeth Borne a confirmé hier que le minimum de pension sera revalorisé de 100 euros par mois pour les salariés qui ont travaillé au Smic toute leur vie. Ils devraient donc toucher près de 1200 euros bruts par mois à partir du 1er septembre.
Une mesure qui devrait être également rétroactive, à la demande des élus Les Républicains. La Première Ministre promet que ce sont ainsi près de deux millions de petites retraites qui vont être augmentées.
Les syndicats unis face à cette réforme
La levée de bouclier de l’opposition et des syndicats ne s’est pas faite attendre après l’annonce du projet de réforme des retraites du gouvernement. Tous ensemble, les syndicats ont appelé hier soir à une journée de grève et de manifestation interprofessionnelle le 19 janvier prochain. Une grève qui pourrait être reconduite.
Les partis de Gauche ont déjà annoncé qu’ils se rallieraient au mouvement. De son côté, Marine Le Pen du Rassemblement National entend « faire barrage » contre cette réforme.
Par Thomas Bantchik