Double meurtre de Sassenage : une mise en examen 28 ans après les faits


16 juin 2021

Le colonel Lionel James (à gauche), commandant de la section de recherches de la gendarmerie, et Eric Vaillant (à droite), procureur de Grenoble.

Les progrès de la science ont permis une relecture complète du dossier.

C’est un véritable coup de tonnerre dans une affaire vieille de 28 ans… Le procureur de Grenoble, Eric Vaillant, a annoncé ce mercredi 16 juin la mise en examen de Marian Marinescu pour l’assassinat de sa femme et le meurtre précédé du viol de sa fille en janvier 1993 à Sassenage. Une affaire qui avait fait grand bruit à l’époque.

Le 7 janvier 1993 en début de soirée, les gendarmes retrouvent les corps sans vie de Michèle Marinescu, 43 ans, et de sa fille Christine, 13 ans, à leur domicile de Sassenage. Les militaires avaient été alertés par l’employeur de la mère de famille, qui s’étonnait de ne pas l’avoir vue arriver au travail.

Sur place, les victimes avaient été égorgées et étaient seules chez elles. Le mari, Marian Marinescu, âgé à l’époque de 45 ans, était en voyage en Roumanie pour les fêtes de fin d’année avec le fils du couple, âgé de 8 ans au moment des faits.

Malgré une grande médiatisation, notamment dans l’émission à succès « Témoin n◦1 » de Jacques Pradel le 23 janvier 1995, les recherches n’avaient pas permis d’aboutir à la résolution des faits.

Un bon avant dans l’enquête

Mais c’était sans compter sur les progrès de la science en 28 ans. Depuis, plusieurs scellés liés à l’enquête ont été étudiés jusqu’à cinq fois et ce n’est qu’à la fin 2018 que les analystes scientifiques travaillant sur ce « cold case » arrivent à identifier des éléments permettant une relecture complète du dossier.

Une nouvelle découverte qui permet de relancer l’enquête désormais instruite par deux magistrats du pôle de l’instruction de Grenoble, et toujours confiée à la section de recherches de Grenoble. Il faudra attendre ce début d’année 2021 pour que cette nouvelle piste accouche sur des résultats concluants : le laboratoire découvre des traces du sperme de Marian Marinescu sur le pantalon de sa fille Christine.

Face à ces éléments à charge, Marian Marinescu, âgé aujourd’hui de 72 ans, a été placé en garde à vue pour l’assassinat de sa femme Michèle et pour le meurtre précédé ou accompagné de viol de sa fille Christine. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité et a été placé en détention provisoire ce mercredi 16 juin.

Face aux enquêteurs, il indique – en supposant que ce soit lui – n’avoir aucun souvenir d’avoir commis les faits. Il a finalement préféré garder le silence face aux enquêteurs.

Malgré tout, de nombreux éléments à charge semblent s’accumuler contre Marian Marinescu. En plus des traces de sperme, il a été établi durant l’enquête que sa fille Christine Marinescu avait fait part de sa peur de rentrer chez elle à ses camarades peu de temps avant le drame. Il y avait également des tensions dans le couple, un divorce avait été évoqué.

Par ailleurs, de nouveaux éléments ont permis de supposer que Marian Marinescu aurait bien pu faire un aller/retour entre la Roumanie et la France pour commettre ses crimes.

« C’est la pire des hypothèses »

Me Hervé Gerbi, avocat de la sœur et du beau-frère de Michèle Marinescu, a pris la parole à la suite de cette conférence de presse. Il les décrit comme abattu face à ces dernières avancées, alors que cela fait 28 ans qu’ils tentent de reconstruire une vie familiale autour du principal suspect dans cette affaire.

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Me Hervé Gerby, avocat des parties civiles

Par Thomas Bantchik